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"Situation de dépendance des personnes âgées" par Jean-Claude PICAL

Texte de la conférence de Jean-Claude PICAL, Directeur du Centre Gérontologique Départemental, donnée devant le Conseil d'Administration de l'UDAF 13.

On le sait très bien , il n’y a de qualité  de prise en charge d’une personne âgée, que si elle se fait  dans une logique globalement définie avec la famille. Les familles sont des partenaires essentiels dans l’accompagnement des personnes âgées.

Les enjeux de la dépendance : il faut d’abord rappeler un chiffre simple pour l’ensemble de la région PACA : 4 millions 900 mille habitants, on voit bien que les plus de 75 ans représentent 474 000 personnes.  En bref, on peut dire que 10 % de  la population a plus de 75 ans en 2010.  C’est un chiffre qu’il faut mémoriser car on n’a pas forcément  la notion de ces chiffres avec les variations que l’on constate dans différents départements ; pour les Bouches-du-Rhône, 167 000 personnes  de plus de 75 ans pour un total d’1 million 900, on est à 9 %.

Deuxième élément, il est intéressant de voir que nous sommes dans une phase de vieillissement de la population.  On estime que d’ici 2029,  la population globale devrait  progresser de 11 % ;  on passerait  d’1 million 900 mille à 2 millions deux cents. Lorsqu’on regarde l’évolution de la population âgée de 60 ans, le pourcentage d’augmentation passe à 36 %. On comprend bien que c’est évidemment un facteur de vieillissement, puisque la part des personnes âgées va évoluer plus vite que la moyenne de la population, cas comme on l'a mentionné, on est à 36 % pour les personnes de 60 ans et + , on est à 29 % pour les personnes âgées de 60 à 74 ans, 48 % pour les personnes âgées de plus de 75 ans, et 54 % pour les personnes de + de 85 ans. On voit bien qu’il y a, à la fois une perspective de progression de la population, mais aussi des perspectives fortes de  vieillissement de la population.  

On sait que la dépendance augmente avec l’âge. Puisque la durée de vie des femmes est plus longue, on s’aperçoit d que le taux de dépendance  est plus élevé.  L’âge moyen de la dépendance est de 78 ans pour les hommes et  de 82 ans pour les femmes. On voit qu'en 2040  le taux moyen de la dépendance évoluera. C’est un élément extrêmement important. Il serait inquiétant que l’âge de la dépendance ne bouge pas malgré le vieillissement de la population. La dépendance reculera  compte tenu du vieillissement de la population.

La dépendance est un terme que l’on utilise couramment, mais il est défini avant tout par le besoin du recours à un tiers, pour les actes de la vie quotidienne. Ce besoin est chronique et permanent.
Il est intéressant de constater la répartition entre le maintien à domicile et la mise en Institution des personnes âgées. On voit que, jusqu’à 85 ans, 9 personnes sur 10 vivent chez elles. Ensuite, le taux de présence en établissement augmente avec la dépendance et l’âge.   Cela veut dire qu'une personne sur 3 qui a + de 90 ans vit en Institution. Nous voyons bien qu’il y a une progression tout à fait cohérente entre le taux d’Institutionnalisation et le niveau de la dépendance qui est donc en rapport avec l’âge.Si nous regardons les chiffres par région ou par département, on remarque que dans les Bouches-du-Rhône, il y a un peu plus de lits qu’ailleurs.

Ce qui est intéressant c'est le chiffre global, nous sommes à peu près à 40 000 lits en région PACA pour héberger les personnes âgées, à rapprocher du chiffre, 4 millions 900, population PACA  400 000 personnes âgées. On retrouve bien la même proportion. Il y a toujours 1/10ème   de la population de + de 75 ans qui est représenté au niveau de la capacité d’hébergement.

Les personnes qui n’ont aucune aide, sont celles qui se retrouvent le plus en Institution. Alors que les personnes qui ont des enfants sans conjoint se trouvent en dessous, et que celles qui ont encore leur conjoint est encore plus basse.  Donc, la situation familiale à dépendance identique, a un impact sur la présence en Institution.  C’est un élément qui montre bien l’importance du travail de l'UDAF, notamment en ce qui concerne les personnes âgées et  l’importance du rôle des familles dans  l’accompagnement.

Quelles sont les réponses que modestement on s’efforce de mettre en œuvre au niveau du territoire ? L’efficacité en matière de gérontologie est tout d’abord collective. Ce n’est pas une Institution, ce n’est pas une personne ;  c’est un état d’esprit dans une communauté, et je crois que c’est dans cet esprit là que l’UDAF fonctionne.

Le maître mot sur lequel il faudrait  insister c’est la notion de filière. On s’efforce sur le territoire des B-d-R. et sur Marseille, d’organiser, de développer une filière gériatrique de prise en charge d’accompagnement des personnes âgées.
Cette filière que permet-elle ? Elle permet de rapprocher tous les professionnels qui, à un titre ou à un autre, sont concernés par la dépendance.

Au niveau du centre gérontologique dont je suis le directeur, nous avons mis en œuvre un programme de prévention de la dépendance. Nous proposons aux jeunes retraités et aux retraités moins jeunes, une consultation d’évaluation gériatrique, afin de détecter bien en amont les éventuelles incapacités, cela est un premier volet. Il en existe ailleurs.

Nous organisons aussi chaque année, des journées d’information et de sensibilisation sur les troubles auditifs. Il y a une phrase d’un professeur d’ ORL qui dit : « il y a autant d’appareils auditifs dans les tiroirs que dans les oreilles ». Cela veut dire qu’il est important d’accompagner les séniors dans ces troubles, car on sait très bien que la perte auditive, c’est aussi la perte du lien social. Ce qui va favoriser la survenance de la dépendance et le mauvais vieillissement.
 
Nous organisons aussi une journée sur la prévention des chutes, car le chiffre est impressionnant. Il faut savoir qu’il y a trois fois plus de tués du fait de la chute que des accidentés de la route.  Il y a donc 12 000 décès de personnes âgées imputables à des chutes. Le Professeur SAN MARCO   insiste là-dessus, les accidents de la vie courante sont un  élément de mortalité très important.

Enfin, une troisième journée toujours ciblée sur la prévention ayant pour thème la sécurité routière. Nous avons des équipements de simulation de conduite pour tester les réflexes, il y a aussi des ateliers d’information sur l’évolution de la réglementation routière.
On informe aussi sur les précautions à prendre lorsqu’on transporte les bébés, car nos auditeurs sont souvent grands-parents. Voilà des exemples concrets sur la prévention de la dépendance.

Il faut aussi les inciter à participer aux ateliers « mémoire », aux ateliers « équilibre et activité physique ». On sait qu’un des éléments de la préservation de l’autonomie et de lutte contre la dépendance, c’est la préservation de l’activité physique. Nous lançons un projet avec les fédérations sportives, des  journées d’évaluation des capacités sportives, pour présenter aux séniors les sports qu’ils pourraient envisager de pratiquer. Evidemment, il faut adapter les sports en fonction des capacités de chacun. Il existe même des activités physiques assises pour les personnes handicapées.  Il faut vraiment qu’on martèle ce message, auprès des associations entre autres.
 
Nous prévoyons d’organiser 4 journées d'évaluation par an au Centre Gérontologique Départemental l’année prochaine.  (Nous pourrons vous  communiquer  le nom des personnes à contacter).
La logique de prévention c’était donc le premier volet de la filière. Mais cela ne suffit pas, bien évidemment.  

Le deuxième volet, et il est essentiel, c’est l’accompagnement des familles.
La famille est un partenaire à part entière. Quelqu’un qui vous parlerait de la filière gériatrique et qui ne parlerait pas de l’accompagnement des familles, c’est quelqu’un qui ne connaitrait pas la réalité gérontologique. C’est vrai pour le domicile, mais c’est aussi vrai pour l’Institution.  Rien n’est plus triste qu’une personne qu’on place en Institution et qui ne voit jamais sa famille. Cette personne comme par hasard, c’est celle qui va avoir les manifestations somatiques  et les problèmes les plus graves de santé. Nous sommes aussi tous concernés par la maladie d’ALZHEIMER.
C’est bien un drame l’accompagnement de ces malades.
Au niveau du CGD, nous proposons aux familles de se rencontrer en organisant des groupes de paroles. Chaque famille a le sentiment de vivre quelque chose de particulier et a souvent la " bonne surprise " de découvrir que ses préoccupations sont aussi celles d’autres personnes qui sont confrontées aux mêmes problèmes.

Ce que nous organisons aussi, ce sont des consultations famille, en partenariat avec l’Institut de la maladie d’ALZHEIMER ; on permet à la famille, sans la présence du patient, de pouvoir s’exprimer.
Il y a aussi des accueils de jour, c’est une structure qui va prendre en charge un patient ALZHEIMER le matin et qui va le rendre le soir. Cela va permettre à la famille de souffler, sans trop culpabiliser. Je constate la culpabilité initiale des familles, même pour placer en accueil de jour, avec un sentiment d’abandon.  En général, un accueil de jour qui fonctionne bien, ce sont les familles qui retrouvent un peu de sérénité au bout de quelques séances.

Nous avons un autre beau projet qui va démarrer, toujours ciblé sur  les familles et j’en suis très fier, qui s’ appelle « le baluchonnage ». C’est un concept qui nous vient du Canada et de Belgique. Imaginons un couple, un patient ALZHEIMER et son conjoint, qui, en général est souvent âgé. Le conjoint a besoin d’être hospitalisé pendant 5 jours, que fait-on ? Qui va s’occuper du patient ALZHEIMER dans un service ? Nous proposons une solution avec l’aide du Conseil Général notamment. Il y a deux personnes qui viennent vivre 24h/24.  Cette présence remplacera l’aidant familial quelques jours au cours de son absence. Cela peut se faire aussi pour d’autres raisons, comme dans le cas où le conjoint a besoin de se reposer ailleurs. Cette mise en place est prévue pour janvier 2012. Ce baluchonnage qui va s’appeler « répit à domicile », va garantir la continuité du maintien au domicile, en cas de problème de courte durée.  C’est un élément vraiment important, car qui dit « maladie d’ALZHEIMER » dit importance du maintien des repères.  Si on déstabilise un patient, on va aggraver  l’évolution de la maladie.

Un dernier point : organiser un parcours en essayant d’apporter des réponses à chaque étape du vieillissement.
On a vu les consultations, par exemple pour la maladie d’ALZHEIMER, nous avons ouvert  il y a 2 ans, un court séjour.  C’est une unité qui prend en charge ces patients pour une dizaine de jours. Comme son nom l’indique c’est du court séjour, qui correspond à des situations où sans cela, le patient se trouve catapulter n’importe où. Le « court séjour ALZHEIMER » prendra en charge le problème de pneumopathie du patient dans un cadre adapté avec du personnel formé spécialement pour l’accompagnement de ces malades.  Il y a 5 lits de « court séjour ALZHEIMER » qui vont être créés à Sainte-Marguerite, à terme 20 lits, c’est assez nouveau. Cela prouve bien qu’il faut s’adapter à toutes les phases d’évolution de la maladie, de la même façon nous avons ouvert en complément une unité cognitivo-comportementale. C’est une structure qui va essayer de stabiliser les troubles du comportement, car il peut y avoir une phases aigüe. Nous allons les prendre en charge pour les apaiser et rendre le retour possible au domicile  ou en Institution.  Les maisons de retraite font aussi partie de la filière.  

Sur Marseille, nous avons la chance d’avoir des réseaux. Tout Marseille est réparti en 4 réseaux, c’est quoi un réseau ? C’est une équipe, un médecin et une infirmière qui, lorsqu’elle est saisie par les familles, par les médecins traitants, par les services du CCAS d’une situation difficile, va organiser la coordination des réponses (il faudra  peut-être quelquefois  prévoir un portage de repas, des soins avec un kinésithérapeute, des soins dentaires, un problème de captation d’héritage, etc.).
Il y a une multitude de problématiques à la fois d’ordre social, sanitaire et médico-social.

C'est dire que la Société commence à prendre en chage la problématique de la dépendance, il ne faut pas s'arrêter.
"La dévalorisation des Séniors est une insulte faite à l'avenir".