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Le texte qui suit est extrait de l'ouvrage « La famille, une force qui va… » écrit par Gabriel Chakra et édité par l'UDAF 13. Cette ouvrage retrace l'histoire de l'UDAF des Bouches-du-Rhône de sa création à nos jours. (Pour obtenir plus d'informations sur l'ouvrage ou le commander, contactez-nous)
"La guerre est finie. Un autre ordre de temps est venu : reconstruire le pays. Compte tenu de la courbe des décès entre 25 et 45 ans, l'une des priorités est d'accentuer la politique d'aide à la famille.
Le Gouvernement provisoire de la République, présidé par le général de Gaulle, s'appuie sur une Assemblée consultative qui légifère par ordonnance. Symbole du passage de la démocratie politique à la démocratie sociale, le projet d'une Sécurité sociale « unique et universelle » marque la rupture avec le passé. La Nation assurera à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement : droit bientôt inscrit dans la Constitution. Les prestations familiales, les indemnités, les primes à la première naissance, les allègements fiscaux et les colonies de vacances se traduisent concrètement, avec le retour des prisonniers, par une reprise de la natalité (« Histoire de la France », t.2, p. 494, sous la direction de Marcel Reinhard, Librairie Larousse. 1954). De Gaulle déclare nécessaire d' « appeler à la vie les douze millions de beaux bébés qu'il faut à la France en dix ans, réduire nos taux absurdes de mortalité et de morbidité infantile et juvénile, un grand plan est tracé qui va comporter des avantages attribués aux uns, des sacrifices aux autres pour qu'à tout prix soit obtenu le résultat vital et sacré ».
La guerre, cinq ans durant, a bouleversé la France. L'idéal républicain a pénétré profondément dans les consciences, au point que le législateur de 1945 fait table rase du passé.
L'ordonnance du 3 mars impose cette année-là un nouveau système: la représentation familiale est pluraliste, ce que lui déniait la loi du 29 décembre 1942, dite loi Gounot, qui imposait une seule association familiale par département. A la place de la tutelle administrative pesante du régime de Vichy, les associations familiales retrouvent les traditions libérales du droit public français. Désormais ces dernières de quelque appartenance qu'elles se réclament peuvent adhérer à une Union départementale rattachée à une Union nationale exerçant la représentativité de l'ensemble des familles auprès des pouvoirs publics.
La France change de bases avec une rapidité étonnante. En quelques mois, des rapports inédits s'instaurent : tout se renouvelle. Du coup, les anciens usages se disloquent. La famille entre dans un cadre propice à son épanouissement. Yvette Ladmiral écrit : « Selon l'article 3 de la loi, chaque association dispose des mêmes prérogatives : donner des avis aux pouvoirs publics et proposer des mesures d'intérêt familial, représenter officiellement l'ensemble des familles françaises et donc désigner ou proposer des délégués des familles à divers conseils et
assemblées institués par l'Etat, le département ou la commune, gérer tout service d'intérêt familial confié par les pouvoirs publics, exercer devant toutes les juridictions les droits réservés à la partie civile (relativement aux faits de nature à nuire aux intérêts familiaux). » (« Qu'est-ce que l'UNAF », p. 16. L'information citoyenne. L'Archipel. 2006.)
Est-il besoin de le dire ? Ces dispositions trouvent un large écho dans le pays. Elles correspondent à l'attente d'une grande partie de l'opinion. C'est là une des preuves les moins douteuses qu'on puisse relever de l'action du gouvernement dont le souci — aide d'urgence aux parents, aux enfants, aux prisonniers et aux déportés — se traduit dans les faits.
Quelle est la situation à Marseille ? La représentation institutionnelle des familles est encore assurée par le Centre départemental de coordination des activités familiales des Bouches-du-Rhône, structure née de la loi de 1942, dont le siège est au 15 rue Venture. Elle reste en place tandis qu'apparaît sur le devant de la scène une association portée par un petit groupe d'hommes entraînés par Augustin Vincent : c'est la Famille Marseillaise, ex-Ligue des Familles Nombreuses qui compte 5 150 cotisants. Grâce à la généreuse hospitalité de la Compagnie maritime Fraissinet, elle dispose d'un local au 41 rue Grignan, d'où elle rayonne sur une bonne partie du département.
Pour autant, l'horizon n'est pas totalement dégagé. La vie politique est tendue ; les menaces communistes inquiètent les modérés. De sensibilité MRP (Mouvement républicain populaire),
Augustin Vincent veut faire entendre sa voix et celle des familiaux.
Face à un parti triomphant qui réacclimate en France la lutte des classes, ils mettent l'accent sur le principe de solidarité et le droit fondamental de s'associer librement. A tout ce qui prétend enfermer l'homme, donc la famille, dans le carcan d'un quelconque déterminisme, ils opposent la coulée de la vie.
L'angle de vision n'est pas de dresser les familles les unes contre les autres, mais de les rassembler en ouvrant les fenêtres sur le monde.]
On a alors le sentiment que quelque chose s'enracine dans les consciences.
Augustin Vincent se sent encouragé à poursuivre son objectif : créer une Union des associations familiales dans les Bouches-du-Rhône. Le contexte devient plus favorable. Le 1er juin 1945, s'installe à Paris la commission d'agrément des unions départementales, sous l'autorité de M. Andrieux, président de la section de législation du Conseil d'Etat. Sans son agrément rien n'est possible ; c'est lui qui confère aux Unions la capacité juridique des associations reconnues d'utilité publique.
Pour l'obtenir, il faut constituer la future UDAF, lui donner une existence légale. Augustin Vincent convoque une assemblée générale au 15 rue Venture. C'est là et pas ailleurs qu'il veut officialiser la chose. A son appel répondent les présidents ou mandataires des Ligues des familles nombreuses de La Ciotat, de Saint-Chamas, de Berre, d'Orgon, de Rognonas, de Tarascon, et des quartiers marseillais de Saint-Barnabé, d'Endoume, de la Palud, et de Préfecture-Breteuil, soit un total de 6 030 cotisants.
Le samedi 18 août 1945, peu après l'ouverture de la séance à 10 heures, les participants entérinent les propositions et l'après-midi, dans la salle des conférences du Palais de la Bourse, une assemblée constitutive adopte les statuts et élit, à l'unanimité, un conseil d'administration dont la caractéristique principale est la diversité sociale. Il comprend trente membres, élus au suffrage familial, au scrutin secret, et qui a tous les pouvoirs nécessaires au fonctionnement de l'Union. Président : Augustin Vincent (employé, Marseille) ; vice-présidents : Edmond Roux (industriel, Marseille), Jacques Humbert (agent technique, Berre) et Pierre Grangier (agriculteur, Tarascon) ; secrétaire général : Gaston Maindive (employé, Marseille) ; secrétaires généraux adjoints : deux ingénieurs marseillais, Yves Vallette et Jean Bonnefoy ; trésorier : André Velault (dessinateur, Marseille) qui a pour adjoint Richard Marcellin, ouvrier métallurgiste à La Ciotat.
Le préalable levé, la voie est maintenant libre pour demander l'agrément. Deux écueils sont cependant à éviter, celui d'être trop audacieux et celui d'être trop superficiel. Aussi les instances dirigeantes s'informent-elles auprès de leurs collègues parisiens, examinent tous les aspects dans le détail, et finissent par monter un dossier complet qui est remis, le 17 septembre, au délégué régional à la Famille. Les faits alors s'enchaînent. L'agrément est accordé le 6 novembre ; aussitôt le Centre départemental de coordination des activités familiales cesse ses fonctions et cède son siège à la nouvelle structure ; le 7 novembre, le préfet des Bouches-du-Rhône valide la création de l'UDAF et le 24, l'acte de fondation de l'Union (qui porte à soixante-deux le nombre des unions ayant reçu l'agrément en France) est publié au Journal Officiel..."